Où l'on parle de désamour, de lien d'âme, du courage de ne plus être aimé et de la gentillesse radicale
Il pense souvent aux gens qui ne l’aiment plus.
Pas aux gens qui ne l'aiment pas d’emblée, qu’il le sache ou non, mais bien à ceux qui l’ont aimé et qu’il a aimés, mais qui ne l’aiment plus.
Il s'assoit sur la chaise qu’il a placée devant la fenêtre comme il le fait chaque jour quand il veut approfondir une pensée ou un sentiment. Les branches du cerisier sont secouées par les pigeons ramiers qui en becquettent les fruits encore verts.
Aujourd’hui il pense aux personnes qui ne l’aiment plus.
Il n’y en a pas des dizaines non plus, hein ! Il ne s’est pas créé une vie de combats et de radicalités dont la vigueur et l’engagement se mesureraient au nombre de ses ennemis. A vrai dire, il ne se connaît pas d’ennemi, c’est-à-dire de gens qui chercheraient à lui nuire délibérément.
Mais il a des désamours.
En toute logique, il devrait lui-même avoir la conviction profonde de ne plus aimer ces personnes, mais ce n’est pas le cas. Quand il pense à elles, même au cœur du conflit, son esprit se dissocie.
Une partie, au diapason de cette mésentente, s’énerve, accuse, se plaint, se justifie.
Mais dans le même temps, parfois, une autre partie plus subtile considère la scène en surplomb avec une neutralité bienveillante comme si tous les protagonistes, lui compris, étaient pris dans les rets d’une histoire qui les dépasse.
...