Où je m'interroge, non sans gêne, sur le regard conditionné que je porte sur les femmes et où je m'aperçois que l'amour a sur mon corps des effets inattendus…
Quand je regarde les femmes dans la rue… Bon, en vrai, il n’y a pas de « quand”, je regarde presque tout le temps les femmes dans la rue. Quand je suis dans cette disposition, mon regard, à mon insu, passe de l’une à l’autre en pilotage automatique jusqu’à ce que mon logiciel d’identification biométrique signale à ma conscience un point d’intérêt, lequel peut concerner le visage, le regard, la démarche, la voix, la tenue vestimentaire, la silhouette, les seins, les fesses, la coupe de cheveux. Plusieurs de ces paramètres doivent être présents pour retenir mon attention. Leur combinaison me donne des indications précieuses, bien qu’intuitives, sur la vie intérieure de la personne observée. Il s’agit de charme, d’intelligence, de sensualité, de caractère, bref de tous ces indices dont on tente de déduire une personnalité.
Un jour à la terrasse d'un café, je me suis efforcé de prendre conscience de ce phénomène pour en comprendre les ressorts. J’ai regardé les femmes passer jusqu’à ce que l’une d’elles déclenche le mécanisme. J’ai alors découvert que mon émotion n’avait pas le goût du désir que l’on attribue d’ordinaire aux hommes — celui d’une relation sexuelle — mais exprimait d’abord un désir d’amour : cette femme pourrait-elle être la femme de ma vie ? Bref, pendant quelques minutes, impacté par de mini coups de foudre, je tombais amoureux de ces femmes. Ce phénomène était latent chez moi. Longtemps, lorsque je me rendais à une soirée ou un dîner mondain, je ne pouvais m’empêcher d’imaginer que j’allais peut-être y rencontrer la femme de ma vie. Lorsque j’avais un rendez-vous professionnel avec une femme que je ne connaissais pas, j’imaginais encore qu’elle pouvait être l’élue de mon coeur.
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