Il y a deux sortes d'hypocondriaques… N°07

La vie humaine

l.ordinaire
5 min ⋅ 17/12/2023

Vu au dessus de la porte d'une chambre de la clinique Saint Jean de Dieu à Paris. Vu au dessus de la porte d'une chambre de la clinique Saint Jean de Dieu à Paris.

Il y a deux sortes d’hypocondriaques. Ceux qui ne veulent pas savoir par peur d’apprendre la nouvelle fatale et ceux qui souhaitent être rassurés sans délai pour se débarrasser de leur angoisse. Parmi ces derniers, deux catégories : ceux que rassurent, jusqu’à la prochaine crise, le diagnostic ou le résultat de l’examen qui leur apprend qu’ils ne vont pas mourir, et ceux qui se calment un peu mais qui, une fois rentrés chez eux, se mettent à douter de la sincérité ou de la compétence du médecin, ou de la pertinence de l’examen prescrit. Pour ces derniers, la vie est un enfer. Je n’appartiens pas à cette catégorie. J’ai en revanche longtemps appartenu à la première et me rendre à un laboratoire d’analyse m’a toujours fait l’effet d’aller au tribunal, voire directement à l’échafaud, la boule au ventre. 12 % de personnes concernés en France, tout de même.

L’hypocondriaque n’a pas peur de se casser la jambe, d’attraper une angine ou de faire une crise d’hémorroïdes : il s’angoisse d’apprendre qu’il a une maladie mortelle. Deux vérités statistiques viennent accréditer sa peur, dont il reconnaît par ailleurs le caractère imaginaire sans pouvoir s’en défaire : 1/tous les jours, des millions de gens apprennent qu’ils ont une maladie mortelle, et 2/ cela pourrait être son tour aujourd’hui. 

Lorsque je me rends à mon centre d’imagerie médicale, je prends soin de bien garer mon scooter sur une place autorisée, comme si mon soudain respect du code de la route pouvait orienter le résultat de l’examen en ma faveur. Cette superstition trahit un aspect important mais le plus souvent relégué de ma weltanschauung : la croyance en une instance, une force qui orienterait ma destinée de manière favorable ou défavorable en fonction d’un protocole mystérieux dont j’aimerais percer la logique et que, faute de mieux, j’attribue le plus souvent à mes mérites avec une crédulité infantile teintée d’ésotérisme moralisateur héritée de mes années de conditionnement catéchétique. Cette partie crédule de moi désigne les aspects les plus magiques que mon esprit éduqué, cartésien, anti-religieux, je l’escamote le plus souvent aux yeux de mes semblables de peur d’apparaître trop naïf, trop niais, et trop — j’en rougis de l’écrire — populaire. Ce sont ces mêmes croyances qui me font jouer deux ou trois fois par an au loto, qu’en bonne compagnie je désigne avec mépris comme l’impôt des imbéciles, comme si ce bon mot pouvait me protéger d’être victime de ma propre connerie. 

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l.ordinaire

Par Xavier de Graff

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