La vie ailleurs
Aujourd’hui, j’ai appris par cœur le numéro de téléphone de mes deux enfants. Je ne le connaissais pas car depuis des années je me contente d’aller dans mes favoris et d’appuyer sur leur nom.
Comme le bruit du monde me semble assez inquiétant en ce moment, j’ai imaginé la situation horrible où, en plein effondrement, il me serait impossible de les joindre pour prendre de leurs nouvelles ou décider d’un point de ralliement. Cependant, quelques minutes de réflexion m’ont convaincu que me souvenir du numéro de mes filles ne me serait pas d’un grand secours s’il n’y avait plus de réseau ou d’électricité, et donc assez rapidement plus de jus dans mes batteries. La seule situation où ce savoir me serait vraiment utile, ce serait dans le cas où mon téléphone devenait inutilisable pour une raison ou une autre, et que je décidais alors d’emprunter celui d’un autre, de gré ou, si nécessaire, de force, vu les circonstances. Rien que pour cette raison, j’ai décidé d’apprendre par cœur le numéro de mes filles, donc 2 fois 8 chiffres (en vrai, les deux premiers, ça va) parmi 100 millions de combinaisons possibles. Bien sûr, 8 chiffres c’est déjà un seul nombre mais là n’est pas la question : il fallait, en les combinant d’une manière ou d’une autre, que je me donne un moyen mnémotechnique de me souvenir de ces deux séquences. Dans ces cas-là, tout est bon à prendre : dates de naissances, numéro de ma rue, chiffre fétiche, suites logiques, dates historiques, numéros inversés, etc. Pour les mémoriser de manière robuste, j’ai décidé de n’appeler désormais mes filles qu’en passant par la fonction “clavier” et non plus par les “favoris”, avec cette discrète récompense, quand j’avais bon, de voir leur nom apparaître en haut de l’écran. Yes !
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